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Passer le Muret Linguistique novembre 12, 2010

Posted by Père Geek in On Jase là.
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Cet article va flirter avec le politico-social, mais que voulez-vous, c’est ça être québécois.

Avant le verbe, there was the Noun

Certain parmi vous savez déjà que je suis un blogueur assez connu du coté anglophone. J’ai débuté un petit blogue sur Blogger à l’été 2007 et à mesure que je racontais mes parties de D&D (Dungeons & Dragons) et mes questionnements existentiels de maitre de jeu, je me suis bâti un lectorat solide et loyal.

Ma popularité a continué de progresser et j’ai fini par rencontrer et me lier d’amitié avec plusieurs gros joueurs de l’industrie du jeu en plus de me faire une réputation solide comme champion du gaming sur table.

Avec près de 850 articles à mon actif, ma maîtrise de la langue anglaise s’est beaucoup améliorée. Je manie maintenant le verbe à l’américaine et l’adjectif à la britannique avec un minimum d’effort. Je suis en mesure de faire rire, d’enthousiasmer et de faire fulminer les lecteurs au rythme des cliquetis de mon clavier QWERTY qui n’en dérougit pas.

Il y a 2 ans, j’ai embarqué dans la vague Twitter pendant qu’elle déferlait dans la Geek-sphère anglophone. J’ai rapidement adopté ce nouveau volet du Web 2.0 et cette technologie m’a remis 100 fois l’effort investi.

Pardon monsieur…excusez moi… monsieur?

Pendant ce temps, ma petite conscience culturelle me tirait discrètement le bas du pantalon, tentant de me rappeler que j’aurais tout à gagner d’écrire dans ma langue maternelle, mais je n’arrivais pas à identifier une sphère émergente qui partageait mes intérêts ludiques.

Lorsque j’ai décidé, suite à une dépression, de réorienter ma carrière l’an passé, j’ai eu l’immense chance d’exploiter mes connaissances de blogueur et de fan des médias sociaux pour devenir conférencier à l’École de technologie supérieure. À cette même période, j’ai commencé à remarquer les nombreuses petites bulles Web 2.0 qui poussaient dans ma cour…

…et j’ai commencé à me rendre compte que quelque chose tirait sur ma jambe de pantalon de façon insistante.

(Petite voix fatigante) Hey le grand, ça s’rait l’temps que tu te mettes à te la faire aller en français tu penses pas?  T’as un auditoire de trentenaire gamer au Québec et dans l’reste d’la francophonie faque embraye le clavier pis lâche-toi lousse!

Ma conscience a raison, j’ai été béni des Dieux d’avoir une plume facile et une relation privilégiée avec les mots. Raison de plus de m’en servir pour élargir mes horizons. Ce blogue ce veut donc une extension de ma volonté de discuter, concevoir, argüer et, à l’occasion, chialer sur ce qui me fait vibrer dans mes sphères personnelles.

Le Geek Québécois, ses Passions et sa Langue

Par contre, et c’est ici que ça devient politico-social, je ne souscris pas, de toute évidence, à la philosophie que je devrais écrire en français, car c’est mon héritage et ma responsabilité sociale. Étant écrivain, je considère ce que je fais comme une œuvre de culture (je ne suis pas journaliste, je raconte des histoires). De ce fait, je chéris fortement cette liberté d’expression qui me permet d’exercer mes talents dans l’une ou l’autre des 2 langues que je maîtrise.

Je recommence à écrire en français car j’en ressent le gout et j’y retrouve une situation exceptionnelle et un avantage pour mon développement personnel.

Or, au Québec, cette liberté linguistique peut déranger. Elle touche la fragilité, réelle ou perçue (la différence est immatérielle), de notre langue ancestrale. Elle est mise en cause par une frange sonore de la population lorsqu’un artiste francophone se taille une célébrité anglaise et elle est attisée par certains politiciens lorsque ça les arrange.

Pourquoi en parler aujourd’hui? Parce que, selon moi, une des principales raisons qui retient le mouvement geek du Québec de prendre plus rapidement son envol sur la scène québécoise est ce muret linguistique qui bloque, comme tant d’autres choses, collaborations et projets durables entre les deux hémisphères geek locales.

Mais ce n’est rien de nouveau ça. Le problème afflige les admirateurs de Science-Fiction, anime ou comics depuis 20 ans, tout comme les nombreuses conventions de jeux de rôles qui se sont plantés à Montréal. Les projets geek finissent souvent par se casser la gueule parce qu’elles sont unilingues, malgré les voeux pieux des organisateurs et n’atteignent jamais la masse critique pour être viable commercialement.

Selon moi le problème est décuplé par un trait assez répandu dans notre tribu geek : c’est que plusieurs d’entre nous sont reconnus pour se laisser aller dans le rejet de ce qui ne correspond pas à une définition arbitraire de ce qui est « correct » ou « bon ».

J’ai passé les 3 dernières années à apprendre plusieurs leçons sur le monde geek et je me suis rendu compte qu’il n’y a jamais aucune raison valable d’être exclusif ou confrontant sur les préférences des geeks.  Ça me met hors de moi quand un groupe de geek qui parle de Star Wars 12 heures par jour se sent moralement justifié de critiquer des jeunes filles de 16 ans qui tripent sur Twilight.

C’est quasiment pas exagéré que de dire que la dérision de ce qu’on aime pas est le sport national geek. On se bat pour les consoles de jeu, pour les marques d’ordinateurs, pour les éditions de jeux de rôles, alors évidemment les geeks locaux ne se gênent pas aussi y aller d’une petite attaque contre les « hosties d’anglais » ici ou alors d’échapper un petit « fucking frog » là.

Au Québec, l’identité linguistique et le débat souverainiste sous-jacent sont d’immenses éléphants cachés dans le coin de toutes les discussions, incluant celle des geeks.  Je vois présentement des mouvements geek très sérieux qui cherchent à prendre pied et devenir un nouveau rayonnement du génie québécois. Ils ont une vision grandiose et des buts nobles, mais selon moi, s’ils veulent réussir là où tant d’autres ont échoués, ils devront s’attaquer aux préjugés linguistiques des parties prenantes et s’assurer que les 2 moitiés du cerveau geek québécois coopèrent, quitte à partager le banc du pilote sur certains dossiers.

Selon mes observations purement anecdotiques sur la démographie geek locale, le bilinguisme est assez rependu dans la région Montréalaise. Je commencerais là…

Commentaires»

1. Yan - novembre 12, 2010

Premièrement félicitation pour ta décision de bloguer en Français.

Est-ce que le Geek Québécois est si différent du Québécois moyen? Qu’est-ce qui définie ce qu’est un geek de nos jours?

Dans mon cercle de connaissance autant du travail qu’ami ou famille je trouve la ligne drôlement difficile à déterminer. Et si on ce concentre sur la question de la langue/souveraineté la grande majorité des québécois son geek/passionné car ils ont pratiquement tous un opinion sur le sujet. Qu’ils soit anglophone ou francophone d’origine.

2. Père Geek - novembre 12, 2010

Non, le geek québécois est exactement comme le geek moyen. Mais j’ai observé à Gen Con et sur le web que les geeks des autres états/pays ne se divisent pas à cause de leurs croyances religieuses, politique ou ethnique.

J’ose espérer que les geeks des 2 souches, d’habitudes instruits et curieux sont globalement bilingues au Québec… et si c’est le cas, mon edito est plutôt caduque. Sinon, je pense qu’il faut faire tomber le muret pour qu’on puisse rayonner comme un phare Geek du Nord comme Pax le fait sur les 2 cotes américaines.

Je parlais hier à une personne qui travaille chez Z télé et on s’est entendue que bien que la définition classique du geek (personne qui se passionne au bord de l’obsession pour un sujet hors de la norme) s’applique toujours, ce qu’on définit comme un champ d’intérêt hors normes diminue de mois en mois.

On regarde les livres populaires, les films et les séries télé populaires pour se rendre compte que les geek mènent probablement le monde maintenant.

Tu avance que le Québécois est par défaut un geek du à la passion à laquelle il apporte à la cause linguistique. J’avoue que ça me surprend, pas parce que je pense que c’est faux, bien au contraire, mais parce que la réaction du Québécois moyen face à la langue/culture est très très similaire aux guerres geek.

Les cyniques me diront que les humains sont comme ça, il rejètent allègrement ce qui menace/diffère de leurs préférences.

Mon point central est que d’être Geek et Québécois (disons que c’est 2 choses séparés) ajoute un défi supplémentaire pour tisser des liens avec les membres de notre tribu geek qui ne parle pas français.

3. Yan - novembre 12, 2010

Je suis totalement d’accord que la division de la langue est totalement exagéré. Le meilleure exemple qui me viens à l’esprit est le hockey. Y a t’il un sujet plus passionnée à Montréal et je dirais même au Québec de façon générale et celà peut importe la langue.

J’écoute souvent les poste de radio anglophone et lors des série ils créent leur propre musique pour encouragé les Habs autant que les poste francophone. La couverture dans les deux langue est a un point tel que lorsque les canadiens sont en série, la Californie disparaitrait dans la pacifique qu’on ne le saurais pas.😉

Le défie réside vraiment dans le média de communication au Québec soit un média est francophone soit il est anglophone. A quand le média bilingue… J’ai souvent eu l’idée d’un poste de radio, chaine de télé ou autre média, ou chaque émission/article alternerait entre une fois en français et l’autre en anglais. Embrassant de façon intégrale nôtre diversité et l’unifié dans un tout…

4. Skalp - novembre 12, 2010

S’il n’y avait que la langue à la limite… Il n’y a aucune cohésion de communauté Geek au Québec. Au mieux, il y a des groupuscules qui s’ignorent, au pire ils se critiquent les uns les autres en partageant pourtant une passion commune.

Ce phénomène existe aussi en France d’ailleurs mais les communautés étant plus grandes, il y a une ligne directrice et au final tout le monde pousse dans le même sens.

Au Québec, on manque de rassemblements, de soirées, la blogosphère est plus éparpillée qu’en Europe. À la limite, lorsque ces rassemblements existent, les blogueurs ne discutent par car ils ne s’identifient pas les uns les autres.

Je n’ai rencontré qu’un blogueur en fait et c’est devenu un ami (un des mystérieux étonnants) mais sorti de là personne, pourtant Montréal c’est grand et il existe quelques lieux où la blogosphère peut facilement s’organiser des trucs.

À ça, on rajoute que les marques n’accordent aucun crédit à la blogosphère québécoise. À côté de ça, Ubisoft organise des soirées en France à chaque sortie, pareil pour Activision ou EA. Pourtant de nombreux jeux sont créés au Québec même mais les éditeurs oublient complètement de s’intéresser à leurs clients que sont les blogueurs et leur lectorat là où ils envoient des copies à la TV ou à de la presse généraliste incompétente.

Alors oui, je dresse un portrait un peu sombre mais c’est ce que j’ai pu constater depuis que je vis au Québec et que je me trimballe dans la blogosphère. Après je ne sais pas si les anglophones s’en sortent mieux.

5. Père Geek - novembre 12, 2010

@Yan: Un rassemblement autour d’un projet fort et commun est effectivement une catalyseur essentiel. Mais la langue, la politique et les récrimination on tellement pollué le paysage des media classique que je crois que toute solution se retrouve dans les mains de la Gen X et Y et des nouveaux médias (Web et autre).

@Skalp: Bienvenu sur le blog! Merci de ton commentaire. Selon moi, il n’y a pas de cohésion car

1) La mouvance Geek est très nouvelle, elle suit la bulle Web 2,0 qui a tardé au Québec (elle progresse avec la Gen Y et leurs proches, ainsi que les gens des médias classiques)

2) Le territoire est trop grand pour une si petite population.

3) Il est impossible d’atteindre une masse critique de membres actifs pour qu’un mouvement puisse prendre racine dues au territoire et aus divisions / méfiances geekiennes et culturelles.

T’as parfaitment raison pour les rassemblements et le fait qu’on se nomme pas. J’ose jamais dire qui je suis dans les rencontre face à face, pourtant, du coté Anglo, je suis Net Famous.

Pour ce qui est des marques, ca commence a virer, mais t’as raison, si les gens pensent que l’influence d’un bon bloggeur geek Québecois s’arrête aux frontières géo-politiques, ils se plantent magistralement.

J’ai confiance et t’es sur ma liste des gens à rencontrer live!

6. Eric Maziade - novembre 18, 2010

Qu’est-ce que « Geek » veut dire pour le « québécois moyen » ?

J’ai passé la moitié de mon break de lunch voilà 2 semaines à tenter de convaincre mes co-travailleurs que j’étais un geek.

Succès moyen.

Pourtant, je roule une firme de conception Web…

La discussion a démarré lorsque j’ai mantionné avoir remarqué, dans les magasins de costumes, cet Halloween, que la traduction de « geek » était « intellectuel gringalet ».

En creusant, il semblerait que « geek » est relié à l’image de « tronche » du vieux film du même nom – du moins à cette table.

Père Geek - novembre 19, 2010

Selon « Antidote », mon fidèle logiciel de correction, un geek est un Maniaque de l’informatique ou d’un autre domaine spécialisé. Par contre, j’ai surtout vu « spécialisé » utilisé dans le sens de « non-maintream ».


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